Parole d’expert par Dalyal Copin, Ingénieur R&D Impacts environnementaux UBSIDE
Biodégradabilité : de quoi parle-t-on vraiment ?
La biodégradabilité désigne la capacité d’un matériau ou d’une substance à être décomposé par des microorganismes en produits simples comme le CO₂, le CH₄, l’eau et la biomasse. Contrairement à ce que l’on imagine souvent, il ne s’agit pas d’une propriété universelle valide dans tous les environnements.
Un matériau peut être biodégradable en compost industriel, mais ne pas se dégrader en eau de mer, ou se dégrader très lentement dans un sol naturel. La biodégradabilité dépend entièrement du milieu, de son microbiote, de sa température, de son taux d’oxygène et de ses caractéristiques physico-chimiques.
Comprendre cette dépendance au milieu est essentiel pour éviter les confusions fréquentes entre biodégradabilité, compostabilité, désintégration ou simple fragmentation.
Biodégradation facile VS biodégradabilité ultime
La biodégradation dite “facile” — ou intrinsèque — est évaluée en milieu aqueux à l’aide de tests OCDE développés pour maximiser l’activité microbienne. Ces essais, historiquement conçus pour des substances solubles, peuvent également s’appliquer à des matériaux faiblement solubles ou peu dispersibles grâce à des protocoles adaptés, ce qui élargit leur champ d’application. Un résultat positif en biodégradation facile montre qu’un matériau est rapidement dégradé dans des conditions optimisées, mais cela ne reflète pas nécessairement la diversité des environnements naturels.
La biodégradabilité ultime répond à une logique différente : elle mesure la minéralisation complète du matériau, en conditions aérobies ou anaérobies normalisées, en suivant la production de CO₂ ou de CH₄. Ces essais s’appliquent pleinement aux matériaux solides, polymères massifs ou produits finis, et sont plus représentatifs des processus réels de décomposition dans un compost, un sol ou un digesteur.
Ainsi, biodégradation facile et biodégradabilité ultime ne répondent ni aux mêmes objectifs ni aux mêmes questions :
- la première évalue un potentiel de dégradation en conditions très favorables, tandis que
- la seconde quantifie la décomposition complète du matériau dans un contexte environnemental ou de traitement plus réaliste.
Quel rapport avec l’origine biosourcée ou non d’un matériau ?
L’origine biosourcée d’un matériau est souvent associée, à tort, à sa biodégradabilité. En réalité, un matériau biosourcé n’est pas nécessairement biodégradable : certains polymères d’origine végétale présentent une grande stabilité et ne se dégradent pas dans l’environnement. À l’inverse, des matériaux issus de ressources fossiles peuvent être parfaitement biodégradables.
➡️ Biosourcé décrit l’origine de la matière.
➡️ Biodégradable décrit sa fin de vie.
Les deux notions ne se recoupent pas automatiquement. C’est pourquoi l’évaluation scientifique, par tests normalisés, reste indispensable pour caractériser la biodégradabilité d’un produit, indépendamment de son origine.
Et la réglementation dans tout ça ?
La question de la biodégradabilité ne se limite pas à la science : elle est de plus en plus encadrée par la réglementation, notamment pour éviter les allégations ambiguës ou trompeuses.
En Europe, plusieurs textes structurants définissent ce qu’il est possible d’affirmer ou non.
La future réglementation PPWR (emballages et déchets d’emballages) renforcera les exigences en matière de compostabilité et d’allégations environnementales.
La loi AGEC, en France, s’intéresse déjà aux mentions “biodégradable” et “respectueux de l’environnement”, dont l’usage devient strictement limité.
Le projet de règlement européen Green Claims viendra encore resserrer les conditions d’utilisation des allégations environnementales, en exigeant des preuves scientifiques solides, transparentes et vérifiables.
À cela s’ajoutent évidemment les normes internationales (comme l’EN 13432, la NF T51-800 ou les tests OCDE), qui servent de référence pour évaluer la biodégradabilité dans différents milieux.
Ces textes dessinent progressivement un paysage où la précision devient indispensable : on ne pourra bientôt plus communiquer sur la biodégradabilité sans préciser le milieu, les conditions et la méthode d’essai associée.
🎯 L’équipe UBSIDE vous accompagner pour
- choisir les bons tests,
- anticiper les obligations,
- structurer une communication crédible et conforme.
NB : Dans une prochaine communication, nous vous guiderons clairement à travers les exigences réglementaires pour comprendre qui est concerné, quels tests choisir et comment éviter les allégations trompeuses afin de sécuriser vos mises sur le marché.